30.08.2009

Henriette

Dans un salon, chic et bourgeois, deux dames, visiblement de haut rang et de bonne compagnie, discutent en buvant une tasse de thé, le petit doigt levé.

« Avec un nuage de lait, je vous prie, merci ! »

« Des petits fours sucrés ? C’est Henriette, ma bonne, qui les prépare. »

« Oui, un seul s’il vous plait. »

« Savez-vous, Marie Charlotte, que mon mécanicien s’imagine être quelqu’un d’autre ? Si ma chère, si. Voyez-vous : mon mécanicien se prend pour un intellectuel. Je vous le jure Marie-Charlotte. Incroyyyhhhaaable n’est-ce pas ! C’est d’un chic, et surtout d’un ridicule, à en mourir de rire. Si vous pouviez le voir. Je crois qu’il fait tout cela pour me faire plaisir. Et même peut-être que…heu,  vous voyez la chose… »

« Non ! Dites ! »

Enfin …je veux dire…je crois qu’il me fait la cour. Ouiiiii, délicieux, c’est d’un chic, avec ses mains pleines de cambouis. [rires]. En faite, pour vous dire la vérité, il est fou amoureux de moi. Je le laisse faire, ça lui fait tellement plaisir.

Et surtout ça vous amuse, n’est-ce pas ?

Ouiiii, follement ! [rires]

Par exemple, savez-vous qu’hier, il m’a annoncé …Attendez ! Préparez vous à rire : qu’il se lançait dans la critique littéraire. [Longs rires]. Vous imaginez, un vidangeur d’huiles usagées, absolument ignare en littérature, sachant à peine écrire le français. On vit dans un monde de fou Marie-Charlotte. Alors, comme je fis mine d’être intéressée, il m’a lu sa première critique. Ma chère, vous ne devinerez jamais sur quel ouvrage. [Longs rires]. Attendez, je reprends ma respiration. Sur un ouvrage nommé : Henriette. Oui, exacte, comme ma bonne. Vous ne connaissez pas ? Ne vous inquiétez pas, c’est normal. Sachez, chère Marie-Charlotte, qu’Henriette est, accrochez-vous bien, une bande dessinée pour petite fille [long rires].

Mais en faite, Marie Charlotte, peut-être qu’à bien réfléchir, quelque part, une logique subsiste dans cette entreprise hasardeuse. Le traitement de l’absurdité, voyez-vous, du sens et du non sens, serait ici, non plus un sujet de réflexion philosophique, mais une réalisation propre, concrète, réelle, de mon mécanicien favori, comme l’idée folle de concrétiser son amour pour moi [long rires].

Attendez, je vous lis la critique :

La poésie Populaire est faite de rêves glorieux. Les gens imaginent qu’ils seront princes, célèbres et riches. Le peuple aime et idolâtre parce que cela ne lui est pas donné. Il rêve surtout de ce qui brille et de tout ce qui peut éclairer sa vie si morose.

Henriette est une fille très banale, même assez laide, petite, que l’on devine corpulente. D’énormes lunettes, avec une monture épaisse et noire, lui cachent l’expression des yeux. Habillée de gros pullovers couvrants et monochromes, elle porte souvent une écharpe, un bonnet, des jeans larges et toujours le même manteau long, bleu marine, avec des grandes poches et des coutures apparentes. Elle ne ressemble à rien, si ce n’est à une forme à la fois ovale et large, sombre et massive, supportée par deux grosses baskets.

BD Henriette.jpg

Le père est vendeur de machines-à-laver, il est gras, le plus souvent avachi sur le fauteuil devant la télé, la zapette à la main. Sa mère ne travaille pas semble t-il, elle cuisine et rêve d’hommes beaux et d’une vie meilleure. La vie familiale est bien morose chez Henriette. Rien n’est fait pour la rendre un tant soit peu agréable. Henriette n’est pas chérie, ni câlinée. Ses parents sont peu attendrissants à son égard, même s’ils sont respectueux de sa personne. C’est peut-être leur façon de montrer leur amour. Ils semblent tout de même faire le minimum et sont soucieux de son éducation intellectuelle, en lui évitant toute sorte d’émission de télévision débile, que pourtant toutes les jeunes filles de son âge raffolent. A Noël, elle reçoit un aspirateur, ou une panoplie de dictionnaires. Les parents sont pratiques et n’offrent que des cadeaux utiles. Si bien, que son meilleur Noël fut celui ou ses parents l‘oublièrent dans un grand magasin de luxe.

Ses copines sont minces, grandes, élégantes, à la mode, mais écervelées et amoureuses de tous les jeunes chanteurs qui passent à la télé. Leurs parents tout aussi grands et élancés, sont riches. Ils exercent des métiers de haute volée, comme producteur de cinéma ou rédactrice en chef.

On pourrait croire Henriette malheureuse, pourtant ce n’est pas le cas. Même si elle ne respire pas  la joie de vivre, elle s’entretient le moral, supporte sa condition de vie, son physique et ses parents grâce à un ami, à son unique ami, grâce à son journal intime : « En fait, je n’ai pas d’amis. Personne à qui me confier, avec quoi partager quelque chose. A part mon journal. Mais bon, parfois ça ne suffit pas. »

Henriette BD -2 copie.jpg

Henriette écrit, tous les jours. Elle rêve souvent, si ce n’est constamment, de gloire. Tout est occasion d’imaginer une autre vérité. Tout est occasion de se raconter des histoires merveilleuses, celles qui finissent toujours à son avantage, qui lui font du bien, dans lesquelles elle se venge de la réalité si injuste, en se vautrant sans complexe dans un imaginaire populaire. Ses défauts se transforment alors en force, par exemple : être grosse permet d’acquérir des supers pouvoirs et elle devient FATGIRL, son entrainement physique indispensable consistant alors à manger des Cheeseburgers ! Quelque fois même, la réalité dépasse la fiction, l’imaginaire émerge brusquement et biaise  le temps présent. Ou alors, de façon encore plus surprenante, la réalité rejoint la fiction, pour de vrai.

Henriette rêve d’art, elle veut devenir écrivain mais aussi, peintre, mais aussi musicienne, mais aussi chanteuse, actrice, connue, désirée, une star internationale admirée par la foule se prosternant devant elle. Dans ses rêves, sa photo s’affiche sur la première page de tous les journaux peoples. Dans la réalité, elle traite ses copines adoratrices, d’écervelées.

Henriette est une sorte de précurseur de la Nouvelle Star, une Camelia Jordana avant l’heure. De façon étonnante, avec un physique massif identique, des lunettes et une coiffure similaire, la vraie starlette de télé réalité et la fille de B.D. sont physiquement très proches l’une de l’autre et peut-être aussi mentalement. Les deux gamines ont, semble-t-il, des univers similaires ou parallèles. Toutes deux semblent maitriser la réflexion, semblent posséder l’intelligence du sombre et du froid couplés à des rêves de lumière et d’exhibitions personnelles, aux yeux de tous. Toutes deux acceptent et marient cette contradiction apparente entre le rêve d’une lumière de projecteur et la conscience glacée, de cette folie humaine, qui consiste à s’abandonner à la luxure du superficiel. Les deux faces, noire et or, sont pour Henriette soudées sur un même visage. L’idée de la lumière, de l’envie d’être aimée, l’idée d’être admirée, aimée devant les projecteurs, même pour de faux, même par erreur, mais désirée, et peut-être juste charnellement, est ici entièrement assumée, consommée, digérée. Dans l’univers d’Henriette, les penseurs ont aussi le droit de jouir d’une lumière virtuelle, infantilisante et béate.

Henriette, tout en sombre, cachée derrière ses lunettes et ses cheveux noirs, nous emmène dans son monde de sensibilité et d’intelligence, à la recherche de l’art, à la recherche des artistes, peut-être même à la recherche de soi-même.

Et oui, Henriette est une B.D. de fille, pour les ados ou les pré-ados, que j’ai piquée à ma fille. Même que je n’ai même pas honte. La B.D. est taillée dans le même bois qu’un Titeuf. D’un graphisme équivalent, toutefois moins caricatural, elle est rythmée comme Titeuf de gags reposant sur des désillusions, des vexations et des humiliations. Le rythme y est plus lent et les histoires sont plus étoffées. Par contre, même si la sensibilité d’Henriette reste équivalente à celle d’un Titeuf, l’orientation du scénario diverge totalement. Henriette décrit essentiellement un monde de filles. Alors que Titeuf est surtout tourné vers un aspect plus basic, de pipi-caca, de mélange de sexe et de rapports de forces tourmentant l’imaginaire des jeunes garçons. En aucun moment Henriette ne se montre vulgaire. Le Français y est parfait. Henriette navigue dans une dimension littéraire, spirituelle, moins enclin à l’action, mais tout aussi efficace dans l’humour et dans l’accroche. Alors que chez Titeuf tout se termine par une action, un fait, une catastrophe, chez Henriette cela se termine par une page d’écriture dans son carnet Intime. Pour filles ou pour garçons, il n’en reste pas moins que de façon similaire, les deux bandes dessinées, nous propulsent dans des envolées lyriques, continues, d’imaginaire et de délire.


Henriette BD -3.jpg

Henriette : une virée dans un monde populaire, très féminin.

Henriette : toute une poésie à lire, à vivre, et à rire.

Henriette : de Dupuy-Berberian, aux éditions Humanoïdes Associés.


 

26.08.2009

RADIO France SARKOSY

-N°123-

« Bonjour chers auditeurs. D’abord aujourd’hui, on commence par un sondage. Sarkozy finit le mois en beauté avec un sondage de Via Voice qui lui donne deux points de plus qu’en juillet. Avec plus 48% d’opinions positives. Ce qui est, je vous le rappelle, un très bon score pour un président de la république en poste après plus de deux ans d’action. Les Français continuent donc à lui faire confiance pour surmonter la crise.

Nous reviendrons aussi longuement sur l’agenda présidentiel, très chargé, de la journée. Puisque Nicholas Sarkosy reçoit un SDF marathonien au petit déjeuné, afin de lui témoigner son soutient. Marathonien, qui a traversé toute la France en courant pour venir rencontrer le président. Par la suite, Nicholas Sarkozy doit préparer le conseil des ministres de demain et faire son petit caca à 11h15.  Pour la petite histoire, hier, des informations ont filtré, comme quoi il ne restait plus qu’une seule feuille de papier toilette, de celles spécialement préparées par Christian Lacroix pour le caca de Carla.  Le couturier est, semble t-il, venu lui-même en rapporter à l’Élysée hier soir.

Puis, cette après midi, c’est le grand rendez-vous avec les Banquiers. Le président Nicholas Sarkozy les a convoqués instamment afin de les sermonner pour qu’ils fassent mieux leur travail, qu’ils se mettent enfin au service des petites et moyennes entreprises et surtout qu’ils mettent fin à cette pratique honteuse des bonus qui scandalisent les Français. »

Bon j’exagère à peine, mon Sonotone MoDem n’était peut-être pas parfaitement réglé, mais c’est à peu près le contenu d’un journal de France Inter ces temps-ci…

Que l’on ne vienne pas nous dire que le fait de désigner le président de Radio France n’influe pas sur le contenu des informations….

France Inter, j’ai l’œil sur toi…heu… plutôt l’oreille !!!

23.08.2009

Jeu de l'échec...Socialiste

 

-N°122-

Réouverture de l’atelier de mécanique.

Durant mes vacances, chapeau de paille vissé sur tête, marcel blanc collant sur la poitrine, poils dégoulinant de sueur sous les bras, liqueur glacée dans la main gauche, tue-mouche dans la main droite, j’ai souvent essayé d'atténuer la chaleur torride de la Castille, à l’hombre, par des parties d’échecs si intenses que même les pièces du jeu semblaient faire la sieste.

Mon partenaire de jeu étant un socialiste espagnol, pur et dur, je lui ai enseigné les règles du jeu de l’échec socialiste à la Française…

 

PS échec.jpg


Toutes les notes