18.07.2009
A la croisée des chemins,

A quoi pensons-nous la plus grande partie du temps si ce n’est à des considérations bassement terre-à-terre. Les nécessités individuelles ou collectives comme par exemple : se nourrir, s’habiller, se loger, prendre du plaisir, occupent plus de 90% de notre temps. Seuls les plus chanceux disposent de plus de 10% de liberté pour considérer des choses moins matérielles.
Durant le peu de liberté restante, beaucoup pratiquent une coutume ancestrale: l’exploration intellectuelle de l’au-delà. Les hominidés ont développé progressivement cet art particulier, entretenu autour de rites et de symboles mystiques, pour devenir progressivement une espèce animale à part, ayant la capacité de croire en l’au-delà du sensible. Aujourd’hui, les paléontologues traquent les moindres indices de l’apparition de cette culture si particulière, afin de pouvoir la dater. Certains scientifiques suivent d’autres pistes et voudraient bien chercher cette capacité étrange en identifiant des gènes porteurs. Peut-être souhaiteraient-ils démontrer que le fait de croire en Dieu est une amélioration due à la sélection naturelle, qui aurait permis aux plus croyants, grâce à une volonté qui aurait alors été plus forte et à une peur surmontée, d’être plus performants et plus résistants face à la férocité de la nature.
Mais peu importe l’architecture génétique humaine. Oui, effectivement, quelque part, le fait de croire en Dieu est porté par les gènes, comme le fait de pouvoir marcher, comme le fait de pouvoir respirer, d’imaginer ou de penser. Toute capacité humaine, bien entendu, a un socle inné codé par la génétique. La question n’est pas là. Mon interrogation aujourd’hui repose sur un constat simple : beaucoup de « non croyants » perçoivent nos temps électroniques comme des temps paradoxaux.
Ils ne comprennent pas pourquoi, l’homme, développant d’un côté des puissances technologiques incroyables et maitrisant la science de façon fine, continue à établir ses choix de vie et de mort à travers un filtre religieux, vieux de dizaine de milliers d’années, qui périclite une pensée fondamentale immuable. L’homme semble rester profondément lié à ses préceptes de vie sacrée, à son équilibre avec l’au-delà, intégrant une certaine harmonie avec la mort. Pourtant, au fond de soi-même, personne n’ignore la vérité froide issue de la démonstration scientifique, vérité brutale qui décrit une histoire du monde bien différente de celle des écrits religieux, quels qu’ils soient.
Ils ne comprennent pas cette contradiction apparente entre d’un côté, la religion conservatrice du dogmatisme, qu’ils qualifient d’obscurantiste, et la science révélatrice, pour eux, d’éclaircissements, de descriptions, de mécanismes et de vérité.
D’un premier abord, la coexistence entre ces deux disciplines peut apparaître effectivement assez étonnante. Mais en prenant le temps de la réflexion, on s’aperçoit qu’elles ne se cantonnent pas à des niveaux de considérations similaires. Que l’une est proche et l’autre lointaine. Que l’une a besoin d’être précise et que l’autre a besoin de flou. Et peut-être que, tout simplement, l’une a besoin de l’autre pour s’équilibrer. Que l’une ne peut exister sans l’autre. Car, il faut bien reconnaître, l’avancée inexorable de la connaissance ne gène en rien la croyance en l’au-delà, elle ne fait que préciser, un peu plus, la ligne d’horizon entre l’existant et l’inexistant.

Alors, que les dinosaures aient existé, que l’homme soit descendu de la lignée des primates, que l’univers soit originaire d’une particularité cosmique, cela importe peu en vérité. Tous ces phénomènes naturels n’apportent aucune réponse à la question de l’existentiel. La science se cantonne à la description de faits observables. Le constat peut apparaître simple : « en frottant deux silex, je génère des étincelles qui me permettent de faire du feu », ou plus complexe : « en intriquant des atomes entre eux, je peux téléporter à distance des propriétés des uns sur les autres, même s’ils sont séparés par des dizaines de kilomètres».Objectivement, les deux descriptions sont comparables dans le sens où elles n’apportent aucune réponse sur l’état d’existence.
Les disciplines scientifique et religieuse ne rentrent pas en compétition directe. L’une s’arrête toujours où l’autre commence, même si les lignes bougent. Peu importe si l’Univers de l’au-delà commence après cette montagne, ou de l’autre côté de cette mer, ou de l’autre côté des cieux, ou maintenant de l’autre côté du Big Bang, il commencera toujours où l’observation s’arrêtera.
Malgré tout, même si la science ne bouscule pas la croyance de l’Homme en l’au-delà, elle en érode sensiblement les religions établies, en désacralisant continuellement les textes religieux. Par exemple, beaucoup d’événements bibliques pourraient être scientifiquement explicables. L’épopée de Noé avec ses inondations serait reliée à la formation de la mère noire lors de la montée des eaux issue de la fin de « l’âge des glaces » et à la fracture de la paroi rocheuse des Dardanelles, inondation qui semble-t-il a englouti des civilisations entières. Beaucoup d’événements de l’épopée de Moïse, comme le retrait de la mer puis le reflux qui s’en suivit, comme les nuées de cendres et autres calamitées, auraient bien pu être produite par l’explosion cataclysmique de l’ile volcanique de Santorin, dont on sait qu’elle a détruit la civilisation Crétoise à cette même époque par un tsunami géant. Que dire de la découverte extraordinaire de l’évangile de Judas dans lequel on découvre une toute autre histoire de la crucifixion. De plus, aujourd’hui les croyants font la part des choses entre ce qui tiendrait plus du sociologique et du culturel et ce qui tiendrait plus du sacré. La Bible ou le Coran apparaissent alors comme des livres écrits par des hommes avec leurs forces et leurs défauts, livres témoignant aussi de l’époque et de la culture du moment. Il n’est plus concevable de lapider une femme sous prétexte qu’elle a trompé son époux. Les textes ne sont plus pris au pied de la lettre que par une très petite minorité de fanatiques.
Par contre, les tenants du dogme de la religion, les prêtres, qu’ils soient fanatiques ou pas, n’ont pas le droit de toucher à une seule ligne de l’écriture sacrée. Les livres saints sont condamné à ne plus jamais évoluer et à subir cette érosion perpétuelle, tant bien que mal. Certains tentent des remèdes, soit en se hasardant à l’interprétation, soit en filtrant les écrits de façon tout aussi hasardeuse.

La science, non sacralisée, se réécrit constamment, et suscite sans cesse de l’émerveillement. En explorant les connaissances accumulées, il faut souvent s’accrocher aux branches de nos ancêtres pour ne pas s’effondrer, bouleversés devant les incroyables découvertes sur la nature. Non seulement, l’Humain connait l’âge de sa terre, son évolution, ses diverses formes de climats, de faunes et de flores, ses extinctions et émergences de vie. Non seulement, il connait l’histoire de la lune, l’âge du soleil et celui de l’Univers. Mais aujourd’hui, il découvre des objets encore plus extraordinaires. Il observe des trous noirs par dizaine avec une étonnante banalité. Il découvre l’existance de la masse manquante de l’Univers dite « masse noire » et commence même à l’observer. Il cartographie l’univers infiniment grand, dit continue, qui dessine des filaments d’amas de galaxies. Il cartographie l’Univers infiniment petit, dit quantique, en décline tout ses états de fonctionnement élémentaire, nome la moindre petite particule composant la matière et le rayonnement et arrive à téléporter instantanément à travers le vide leurs propriétés quantiques. Bientôt la mécanique naturelle sera déterminée, écrite définitivement dans son moindre petit rouage.

Alors, même si la croyance en l’au-delà sera toujours vive, les vieux écrits risquent de se retrouver en décalage important pour que leur propriété essentielle « d’écrits saints » reste crédible pour beaucoup de gens. Car avec la plus grande imagination du monde, il sera difficile d’interpréter l’histoire d’Adam et de Eve comme la description imagée du Big-Bang, d’où demain sera peut-être issu l’Univers de façon certaine.
Donc, ce mélange des genres, entre des passages portants sur une parole sacrée et des passages évidemment moins crédibles, pourrait condamner ces écrits, par définition immuables, à un déclin progressif.
Alors, sommes-nous à l’aube d’une nouvelle ère. Celle de l‘avènement de la certitude scientifique, écrite et quasiment biblique. Sommes-nous à cette croisée des chemins ? A l’aube de cette révolution culturelle majeure, où une connaissance affirmative remplacerait la genèse des livres saints ?
Comment serait alors gérée la question essentielle pour l’humanité, celle de s’appuyer sur l’au-delà pour pouvoir exister dans le réel?
01:43 Publié dans Boule de Cristal | Lien permanent | Commentaires (13) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : existence, religion, science, au-delà




