25.10.2009
Carcassonne se trouve en Alsace.
** LANGUES REGIONALES***
Événement politico-culturel à Carcassonne.
Articles: Libération, Le Nouvel Observateur.
Une manifestation festive a rassemblé, à Carcassonne, plus de 10.000 personnes venues de l’ensemble des pays d’Oc, pour la défense et la reconnaissance de la langue occitane.
Les drapeaux rouges ornés de la croix occitane ont arpenté la Cité médiévale décorée aux couleurs de l'Occitanie.

"Occitan lenga oficiala",
"libertat per la lenga, per el pais!",
"l'occitan a l'escola",
"la lenga que parlam es patrimoni de l'humanitat".

Les manifestants réclamaient :
- La reconnaissance d'un statut légal des langues régionales,
- La création d'une télévision et d'une radio de service public en langue occitane
- Le développement de l'enseignement de l'occitan.
Mais aucun Alsacien n'a entendu parler de cette manifestation. Carcassonne ne se trouve pas en Alsace. Est-ce dû à une méconnaissance totale de la géographie Française ? Bien sûr que non, Carcassonne se trouve bien en Alsace. Toutefois, pour être clair, une petite explication reste nécessaire, la voici donc.
Un petit rappel historique sur la Cité de Carcassonne.
Carcassonne en LAngue d'Oc Roussillon. Au début du 13 ème siècle Carcassonne est une cité de 4000 habitants prospère et tolérante. Elle accueille une communauté juive qui cohabite de façon paisible avec les Cathares et les catholiques. Mais à cause de la forte diffusion de l'église cathare, indépendante du dogme catholique, le pape Innocent III déclare la ville de Carcassonne hérétique. La croisade Albigeoise est lancée. Les seigneurs du Nord menés par le baron Simon de Montfort , tous tenanciers de la langue « d’oïl » prennent les armes et lancent une croisade contre les cathares en 1208, sous le règne de Philippe Auguste. En 1209, la population de Bézier est massacrée, l’épisode est célèbre : « Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens ». Puis Carcassonne est prise à son tour, pratiquement sans résistance, la Cité fortifiée qui ne possédait pas de puits d’eau, ne put resister longtemps au siège . Par la suite la croisade s’intensifia jusqu’à l’extinction complète des cathares et la soumission d’un vaste pays et d’un peuple fier, marqué par une couleur rouge sang de la chrétienté révolutionnaire, le Peuple Occitan. Celui-ci continuera malgré tout à imprimer sa différence. Après avoir nourri les espoirs cathares, les pays de langue d'Oc accueilleront d’autres réformes et seront une terre fertile pour le Protestantisme, puis pour le socialisme.
Carcassonne en Alsace? Donc, Carcassonne n’est pas en Alsace, et pourtant si. L’affirmation est gratuite, et pourtant pas. Carcassonne se trouve bel et bien en Alsace, aussi. Pour la trouver, il faut suivre la piste traverse qui joint Wissembourg à Altkirch en cheminant, ici, dans les vignobles du riesling et du pinot noire, là, dans les plantations de choux et de houblons. Il faut cheminer à travers Haguenau, longer le parlement Européen et joindre Colmar puis Mulhouse. Tout pélerin culturel, parcourant tranquillement ce chemin, sans se presser, profitant du pays et de son terroir, verra apparaître au détour d'un sentier la cité resplendissante de Carcassonne.
Les Langues Régionales. Au moyen âge, le royaume de France comptait essentiellement deux principales familles de dialectes, les dialectes de langue d’Oïl, s’étendant au nord de la gironde, du limousin et du lyonnais, et les dialectes de langue d’Oc, s’étendant au sud. Oïl pour dire oui dans la partie Nord, Oc pour dire oui dans la partie sud de cette frontière culturelle.

Toutefois, cette dualité ne résista pas à l’unification politique du Royaume de France. Le « François », le dialecte des rois, implanté essentiellement en Ile de France et dans l’Orléanais, s’imposa progressivement au sein des administrations et devint la Langue officielle du Royaume de France. Mais c’est au XIXième siècle avec l’avènement de la république Française que le dialecte francilien s’imposa vraiment à l’ensemble du territoire, via l’école de la république normalisée, la centralisation terminale de l’administration et le code civil. Dés lors, la France, ne présenta plus qu’un seul visage, qu’une seule culture, aux yeux du monde, essentiellement parisienne et cela jusqu’à aujourd’hui.
Malgré tout, il semble que cette tentative politique d’éradication culturelle, menée successivement, à la hache, au sabre, à la hussarde, puis à la mitrailleuse lourde, avec comme fer de lance l'asphyxiante Académie Française, inquisitrice et dogmatique, « une seule république, un seul pays, un seul peuple, une seule langue officielle», ne put, malgré tout son acharnement thérapeutique, arracher toutes les mauvaises herbes culturelles incrustées profondément dans les terroirs de nos régions.
Oui, nos langues régionales ont survécu. Ces langues que d’aucuns nomment vulgairement les « patois », afin de mieux les dénigrer et de les classer au rang de langues de cultures inférieures, celles des paysans, des ploucs, à ne surtout pas comparer à la finesse et à la pureté, si intelligente, du « François ». Ces langues là, se rebellent à présent. Le Breton reprend des couleurs. Le Basque, un joyau historique, une langue autochtone présente depuis des dizaines de millénaires, bien avant l’arrivée des langues Indo-Européennes, insiste et persiste. Le Corse se promène tranquille, à l’aise sur son ile. L’Occitan se retisse et proteste. Seul l’Alsacien se désespère…
Le retour du Pouvoir à la Région. Mais, la décentralisation de la république, très timidement amorcée ces dernières années, se veut un mouvement irréversible, car naturel. L’efficacité économique, la stabilité sociale, l’efficacité de la gestion des richesses, qu’elles soient humaines, techniques ou naturelles, la cohérence de l’aménagement du territoire, toutes ces politiques essentielles ne peuvent réussir que par des actions réactives collant au plus près à la réalité du terrain.
Demain la décentralisation, sera le passage obligé pour assurer la paix sociale. Paris devra lâcher du leste. Cela se fera à contre cœur, avec un mauvais esprit certain, en sabotant le processus au maximum, on le sait. Pourtant, le processus est inévitable. Et avec le retour au pouvoir Régional, les langues régionales reprendront leur place culturelle.
Régression de la Langue Alsacienne. Bien sûr l’Alsace, a réussi à préserver d’avantage ou, du moins, plus longtemps que les autres régions, son dialecte et sa culture populaire. Car l’Alsace étant de culture Alémanique, rattachée tardivement au Royaume des « François », et qui plus est de façon non constante, a toujours bénéficié de régimes spécifiques liés à sa culture, ce qui montre par ailleurs que la république, non forcément normalisatrice, peut aussi fonctionner dans la diversité.

Pour autant, elle n’en est pas sortie d’affaire. Au contraire. Le parlé Alsacien régresse fortement auprès de la jeunesse. Moins de dix pourcent des enfants scolarisés le parlent encore correctement. Il va même jusqu’à disparaît quasiment dans les grandes villes et semble ne plus être qu’un vestige des temps anciens, souvent moqué, rabaissé, raillé, même méprisé ou honteux dans certains cas.
A présent, le vecteur principal de la langue, le peuple lui-même, ne la porte plus. Celle-ci se meure en même temps que la population vieillissante des grand-pères et des grand-mères, dont nombreux ne parlent le français, que de temps à autre, et comme une langue étrangère. Le constat est clair pour tous, les faits sont là, le renouvèlement culturel ne se fait plus. Et les jeunes, de toute façon, n’écoutent pas leurs parents qui, d’autre part, étant souvent désocialisés, trop souvent entassés, ghettoïsés, au milieu de cités dortoirs déshumanisées, n’ont plus le temps, ni même l’envie, ou simplement le gout, de défendre des racines sociales évaporées dans des temps modernes dé-culturalisés.
Cause Politique perdue d'avance ? Alors la cause est-elle perdue ? C’est bien ce que pense de nombreux politiciens alsaciens, dont la majeur partie des conseillés régionaux UMP. La politique actuelle de la Région consistant à faire essentiellement du saupoudrage à l’aide de légères paillettes qui scintillent lorsqu’elles sont dispersées dans les vents médiatiques, mais sont sans effet aucun lorsqu’elles retombent sur la terre ferme. La langue alsacienne se meure à petit feu et personne ne semble pouvoir, ou vouloir, stopper cette agonie.
Localisation de Carcassonne en Alsace. Mais heureusement, aujourd'hui on peut annoncer que Carcassonne se trouve aussi en Alsace. Pas dans le nord. Ne cherchez pas la cité Roussillonne en forêt de Haguenau, ou alors cherchez la très longtemps. Ni même du côté de Wissembourg, qui malgré ses remparts et son côté médiévale ne ressemble pas à Carcassonne. Non plus dans le sud, car Carcassonne n’est pas le Haut Koeningsbourg. Ni à l’ouest ni à l’est. Carcassonne n’est pas une cité encaissée dans la vallée de Munster. Pourtant Carcassonne se trouve bien en Alsace. Mais alors, où?
Le Mouvement Démocrate Alsacien rassemble aujourd’hui une variété de militants issus de plusieurs familles différentes. Il y a d’abord, la famille traditionnelle, celle des Démocrates Chrétiens. Mais le Mouvement Démocrate s'est enrichi d’autres sensibilités. On y retrouve des écologistes avec les militants Cap21 de Corinne Lepage, et des sensibilités variées, sans parti pris, se caractérisant par un esprit rénovateur, des personnalités de la société civile mus par une volonté, de s’investir au service des citoyens, d'essayer de faire de la politique autrement, loin des carcans Socialistes, loin des tenanciers de la pensée unique, loin de l’UMP, loin de cet « octopus » pyramidal, organisé de façon féodale, dans lequel le mot « démocratie » est couramment perçu comme une faiblesse du système de gouvernance.
Cette diversité démocratique, que beaucoup ont raillée par le passé, à cause de la difficulté de mise en place, trouve réellement aujourd’hui ses marques, et représente une richesse culturelle, essentielle, pour construire un avenir serin, équilibré, pour redynamiser l’Alsace, pour lui donner une nouvelle confiance en elle et une nouvelle fierté.
Alors où se trouve Carcassonne en Alsace ? Où se trouve l'esprit de Carcassonne ? Cette révolte tranquille et festive. Cette volonté de redévelopper les valeurs culturelles et traditionnelles. Ce désir de renouer avec la culture populaire, de ne pas l’abandonner à l’histoire ou aux extrémistes. Carcassonne, ce Carcassonne là, pour le trouver, il suffit de pousser la porte du Mouvement Démocrate Alsacien, qui soutient et soutiendra les valeurs culturelles, sans poudre aux yeux mais de façon efficace, qui propose et proposera une vision véritable et sereine, encrée dans la culture tout en se projetant dans l’avenir.
15:30 Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : alsacien, langue régionale, dialecte, langue d'oc, langue d'oïl





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Commentaires
Ecrit par : Julien Viel | 25.10.2009
Répondre à ce commentaireManifestacion a Carcasona lo 24 d'octobre de 2009envoyé par evicedo. - Regardez les dernières vidéos d'actu.
Ecrit par : pierre | 25.10.2009
Répondre à ce commentaireLa peur du séparatisme a toujours été , et reste toujours donc puisque tu l’emploies, l’argument le plus employé par Paris pour justement ne rien lâcher aux cultures régionales.
Je suis d’avis que la République Française n’est pas en danger de liquéfaction avec des Régions plus autonomes. Il faut juste trouver le bon compromis.
Et au contraire, plus d’autonomie évitera les extrémismes, ceux-là étant par contre inévitables dans les situations de blocage
Ecrit par : Philippe, | 26.10.2009
Répondre à ce commentaireCarcassonne est aussi en Bretagne et au Mouvement démocrate breton !
Je signe des deux mains ce billet et j'affiche ce passage :
"L’efficacité économique, la stabilité sociale, l’efficacité de la gestion des richesses, qu’elles soient humaines, techniques ou naturelles, la cohérence de l’aménagement du territoire, toutes ces politiques essentielles ne peuvent réussir que par des actions réactives collant au plus près à la réalité du terrain."
A galon genoc'h !
Ecrit par : ChristineB | 07.11.2009
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