07.09.2009
On nous avait prédit le Grand Soir
-N°25-
Et on s’est retrouvé couché, à 8h30, avec une aspirine et trois somnifères.
On nous dit que tout ira bien, que la fièvre s'estompe, que la relance est relancée, que l'activité s'active, que le rythme reprend son souffle. Après la pluie, le beau temps. Après l'orage, l'eau sage. On nous prédit un printemps agréable. On nous dit que ce n'était qu'une mauvaise bourrasque. On nous dit que, on nous répète que…
Il y a peu de temps, je parlais ici de crise en forme d'oignon. D'abord, une peau spéculative, hors contrôle, se gavant de son triomphe sur le communisme. Puis des couches, plus profondes, liées à la nature même de l'humanité, à sa vanité et à son appétit insatiable de la richesse: la couche du veau d'or et son cortège d'esclavagistes, achetant et vendant à l'échelle mondiale le malheur dégoulinant empaqueté dans des emballages dorés. Puis des strates profondes, peu mesurables, moins palpables. Que vaut un PIB lorsque l'endettement est exorbitant? Pourquoi tous les pays sont-ils endettés ? Pourra-t-on créer suffisamment de croissance pour rembourser nos dettes? Avec quelles ressources ? Avec quelles énergies ? J'ai appelé cela " l'équation de la réalité imaginaire ". Cette réalité projetée virtuellement sur des écrans électroniques. Une réalité fictive liée aux marchés financiers, volatile et furtive. Plus en dessous encore, se trouvent les strates tectoniques, plus lentes, vibrant sur des rythmes générationnels, elles structurent le monde. La surpopulation et son confinement mènent à la fin des ressources naturelles. Les limites énergétiques et spatiales se font durement sentir. C'est la fragilité de la nature, d'une planète toujours moins diversifiée, d'un caillou devenant trop petit, duquel définitivement personne ne pourra s'échapper.

On nous avait prédit le grand soir, que plus rien ne serait comme avant, on l'avait tellement espéré que l'on voulait y croire. On nous disait, c'est la fin de la dictature financière. Vous allez voir ce que vous allez voir. On nous prédisait le grand soir. On voulait croire à la révolution qui met l'homme au centre de la société. On jubilait même. On exultait. La crise débouchera sur un monde nouveau, c'est une certitude.
- Et alors ?
- Et Alors rien.
Il ne s'est rien passé. Pire encore, les marchés financiers en sont ressortis encore plus puissants. Car la solution trouvée fut dictée par les banquiers eux-mêmes. Il fallait emprunter encore plus d'argent. Comment combattre une crise financière provoquée par l'endettement ? C'est simple, on emprunte de l'argent. CQFD ! En fait, les banquiers nous ont expliqué, que la crise est due au fait qu'on n'avait pas emprunté suffisamment et pas assez vite.

Donc, il faut emprunter plus et plus vite pour équilibrer une machine Financière qui trouve son énergie dans le psychisme humain, qui se nourrit d'espoir. On n'est pas loin de MATRIX. La machine s'emballe, nous ne sommes pas encore assez endettés, il lui faut plus de dette, plus d'espoir, il nous faut la nourrir encore plus…Mais à-t-on encore suffisamment d'espoir en nous pour continuer à la rassasier. Que se passera-t-il lorsque, demain, on arrivera à la limite de notre imagination et que notre énergie psychique se sera tarie, évaporée dans le temps et l'espace. Comment nourrir alors cette machine infernale? Comment va-t-elle nous nourrir alors?
20:49 Publié dans Boule de Cristal | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : crise finacière, désilusions, banques, dette publique





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Commentaires
Personnellement, sans naïveté aucune, je crois en l'intelligence collective et en une possible réaction de dignité et de bon sens tout simplement. Puisque l'argent ne peut nous amener que vers la déchéance, nous parviendrons à imaginer un monde construit sur d'autres bases. J'en suis persuadée. Soyons réalistes certes mais pas défaitistes !
Grosses bises.
Ecrit par : Françoise Boulanger | 12.09.2009
Répondre à ce commentaireTout le monde sent bien une dégradation continue de la situation depuis 20 ans. Situation qui devient tendue et fragile comme du cristal. Le temps s'est évaporé, le rendement est maximal.
Nous savons qu’il faut les ressources de 4 planètes Terres pour permettre à l’ensemble de ses habitants de vivre à notre niveau de confort. Comment y arriver ? Ou sont les 4 planètes ?
Le système économique actuel est basé sur l’utilisation des ressources terrestres pour satisfaire la demande individuelle, orientée vers l’assouvissement du confort et du plaisir immédiat. Investissement à court terme, consommation immédiate et jetable.
Combien de temps un système basé sur ce principe pourra-t-il tenir debout, avant de s'écrouler en dépression profonde?
Ecrit par : Philippe, | 12.09.2009
Répondre à ce commentaireà mon avis les insatiables ne sont pas la majorité.
Mais c'est clair que c'est l'appat du gain, des honneurs, de l'influence (et même la simple peur de perdre son job parfois, tant les entreprises peuvent mettre la pression en temps de crise!) qui nous mettent toujours dans la panade.
On a néanmoins commencé à pointer du doigt - fort timidement encore c'est sûr - les science économiques et les modèles mathématiques sur lesquelles elles s'appuient. Et la joyeuse irresponsabilité de décideurs qui s'en remettent pour ainsi dire aveuglément aux prescriptions des gurus de l'éco. Pourquoi y a-t-il eu cette confiance aveugle? cette acceptation d'un risque (monter le système des crédits hypothécaires - les subprimes -) sans aucun recul? Qu'est-ce qui dans le système rend possible une telle négligence?
Ecrit par : franck vogel | 12.09.2009
Répondre à ce commentaireLe problème vient du fait qu’il n’y a plus qu’une seule économie, globalisée, mais encore plus de trois cents gouvernements "locaux".
Une seule puissance financière globalisée, avec moins de dix énormes banques, incestueuses, atteintes de consanguinité, ayant toutes les mêmes intérêts. Face à cette dictature brutale: une dispersion, un émiettement du pouvoir politique.
Sans aucun moyen de gouvernance réelle, faute de coordination supranationale, les politiques se contentent de donner le change, de faire semblant, avec des effets d’annonces bidons ( ex : Sarko et les banquiers).
Malheureusement, pour briser cette machine infernale, il faut plus qu’une prise de conscience collective (ce qui déjà est loin d’être le cas), il faut aussi un véritable combat politique, une révolution culturelle, mais internationale ce coup-ci. Bien entendu, un autre « International ». Un « international » citoyen, démocratique et responsable…
Ecrit par : Philippe, | 13.09.2009
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