01.06.2009
Liberté de la Presse, partie III.
- N° 110 -
Chose promise chose due, il fallait que je termine ce troisième volet sur la liberté de la presse. Il fallait, il fallut, il aurait fallu que...Car avec le beau soleil, me gagne l'envie de m'évader, de battre une autre campagne, celle des ballades en forêt ou des randonnées en montagne. Et puis les réunions de soutient aux têtes de liste, leurs préparations, les tractages, plus le temps infiniment grand que l'on passe à s'organiser, plus, d'un autre côté, les trois plants de tomates toujours assoiffés, à arroser constamment, plus, les deux belles salades encerclées de limaces sauvages et voraces à repousser à la fourche et au fouet, plus, les rosiers trop beaux, devant lesquels on passe des heures de contemplation béate, penchant la tête à droite, à gauche, pour chercher les meilleurs angles d'observation, plus, les bambous que l'on mesure précisément chaque heure pour voir si la théorie de croissance de 0,7mm/minute se vérifie. Et bien tous ces plus font surtout du moins en s'ajoutant, moins...pour militer sur le blog. Le temps imparti, durrrrrement négocié, c'est replié sur lui même, encore et encore, jusqu'à presque disparaitre.
Mais l'occasion fait le larron. Et Pierre nous pond un petit billet [ici] sur le journal « Presseurop ». Belle initiative, le journal est un véritable outil de connaissance sociale et politique européenne. Donc, parfait, tout va bien jusqu'à ce petit passage:
« Bien que financé à hauteur de 3 millions d’euros par la Commission européenne, Presseurop.eu s’engage à conserver une ligne éditoriale indépendante et pluraliste en présentant des approches contradictoires et raisonnées. L’équipe souhaite par exemple réserver une place à l’euroscepticisme »
Oui, là Pierre me rappelle à l'ordre, pour que oui... pour que je me bouge un peu, pour que je finisse cette satanée série sur les problèmes des médiats actuels. Les problèmes? Plutôt le problème. UN problème, celui qui engendre tous les autres. Car:
· Peut-on croire que les journalistes s'amusent en produisant de la merde?
· Peut-on croire que les journalistes ne sont pas conscients de la médiocrité de ce qu'ils nous livrent?
· Peut-on croire qu'ils sont fiers d'eux lorsque après de longues études, très difficiles, très techniques, après un long apprentissage, après l'acquisition d'une rigueur d'esprit et de qualités littéraires exceptionnelles, ils passent la majeur partie de leur temps à titrer sur la grosseur des fesses de la princesse untel, sur la longueur du tailleur de Carla B. ou sur je ne sais quelle couleur du chapeau de la reine d'Angleterre?
Bien évidemment non! Les journalistes sont aussi les victimes de ce système. Ils sont piégés et tentent souvent de faire au mieux. De donner un peu de forme à la merde qu'ils produisent.
La presse n'a qu'un seul problème et tout le monde le connait: le manque de financement venant directement des citoyens.
Le financement direct par le lecteur est bien entendu la seule garantie d'indépendance de la presse et des médiats en général. Lorsque ce financement vient à manquer et bien, dans un premier temps, la publicité prend le relai. Et avec ce premier relai apparaissent les premières contractions de la liberté de publier. Car le journal devient malgré lui un véhicule à images. Il transporte non plus seulement des faits, de l'information, mais aussi de l'invention pure, la publicité, le marketing, en d'autres mots, du mensonge, de la tromperie. On se retrouve avec ce paradoxe: du vrai et du faux, côte-à-côte, entremêlés.
Certains disent, pourquoi pas, le danger reste faible tant que l'on peut faire la différence entre la publicité, dont personne n'ignore la tromperie, et les articles du journal.
Mais le markéting a des exigences de propreté du support peu compatibles avec l'information. Il ne supporte pas de côtoyer, ni les scandales, ni les horreurs de la vie. Le marketing a besoin d'un monde idéalisé, lisse et rose, où le rêve et l'envie se confondent avec la réalité. Alors il va demander au support, sans le demander, comme de bien entendu, d'arrondir les angles, de lisser l'information, de gommer la cruauté du monde. Et plus un journal dépend de la publicité plus il produit des nouvelles inconsistantes, puériles, sans force et sans vérité.
Mais la publicité ne peut pas tout financer et lorsque les lecteurs se font vraiment trop rares, et bien les loups sortent du bois.

En France, durant ces dernières décennies, nous avons assisté sans réagir, mollassons que nous sommes, assoupis par la médiocrité de la réactivité politique, à part celle de Bayrou bien sûr, à la prise en main de la presse par des groupes industriels, qui n'ont rien à voir avec celle-ci. Pour faire des profits? Pas du tout! La presse rapporte soit des cacahouètes soit des dettes. Alors pour quelle raison des Dassault ou des Lagardère se sont-ils emparés de la presse Française? Simple diversification industrielle, vous répondront-certains. Par œuvre de civisme, pour la sauver, vous diront d'autres, qui nous prennent vraiment pour des cons. A d'autres, aux naïfs, pas à nous!
Lorsqu'elles se diversifient, les entreprises le font sur des secteurs de technologie similaire, ou sur des marchés adjacents et cela pour des raisons évidentes de rentabilisation, soit des outils de production, soit des compétences de R&D ou de force de vente.
Dans le cas précis, bien entendu, il n'y a rien de commun. Il n'existe absolument aucune sorte de similitude entre une grenade à fragmentation, un avion de combat Rafale, un missile, et une feuille de chou pour emballer le poisson. Les produits sont à des années lumières les uns des autres. Alors quelle est la raison de cette main basse? Car forcément il y en a une, forte, à la hauteur des sommes investies.
Pour la découvrir, regardons du côté de la stratégie et de l'intérêt primordial. Lagardère et Dassault font une très grande partie de leur chiffre d'affaire avec l'état Français. Ici, l'état Français ne désigne pas la République, non je parle du côté obscure, je parle du « POUVOIR » celui qui est apolitique, qui exprime simplement la volonté de se maintenir et qui fera tout pour cela.
Comment ces entreprises peuvent-elles négocier leurs affaires avec le « Pouvoir » en place, et en tirer un avantage? Qu'elles négociations peuvent-elles vraiment entamer lorsqu'elles sont entièrement dépendantes de celui-ci. Comment peuvent-elles malgré tout gagner énormément d'argent? Et bien le moyen qu'elles ont trouvé pour arriver à leur fin est justement celui qui consiste à s'emparer de la diffusion de l'information. Car c'est elle qui peut faire ou défaire un « Pouvoir ». En contrôlant la production de l'information, l'industrie de l'armement possède la meilleure monnaie d'échange pour faire fructifier ses affaires avec le « Pouvoir ». Elles peuvent étouffer une affaire gênante, ou plutôt choisir de se focaliser sur d'autres plus compromettantes pour l'opposition.
Bref, la collusion est simple à comprendre, d'un côté le Pouvoir classe les devis en secret défense, en contrepartie, de l'autre, les loups sont tenus en laisse ou lâchés sur l'opposition. Nous le comprenons tous, ce compromis tacite, ce deal, ce donnant donnant, cette corruption induite sans nom, est un danger extrême contre les citoyens et contre la démocratie, contre nous.
Des solutions.
Les solutions, il faut les rechercher dans les financements participatifs, en provenance directe des citoyens. Qui tient les cordons de la bourse, tire les ficelles. Les ficelles des citoyens sont celles de la démocratie, celle de la vérité, celle de la transparence et du service publique.
Alors peut-on imaginer une espèce de redevance, un impôt que percevrait l'état, et qui serait redistribué à la presse? Bien sûr que non. D'abord, il serait redistribué à qu'elle type de presse? Et puis, ce ne serait pas suffisant. Et puis un impôt supplémentaire. Et puis, et surtout, la redevance publique est une énorme escroquerie. On nous soutient que la redevance sert à financer la télévision publique, ce qui est absolument faux. A travers l'argent de la redevance c'est le POUVOIR qui finance sa télévision. Preuve supplémentaire, s'il en fallait, ce qui était fait sous la table devient officiel, maintenant le Président du parti au Pouvoir, Nicholas Sarkozy actuellement, choisit lui même les présidents des chaines de l'état. C'est donc bien l'escroquerie du siècle, l'argent récolté pour financer la télévision publique sert à financer la télévision du pouvoir en place.
Pour sauver la liberté de la presse, toute sorte de redevance, ou autres taxes collectées par l'état sont à proscrire. Le citoyen doit financer directement sa propre presse. Celle qui est à son service. Donc je reviens à Jean-François KAHN , à Nathalie GRIESBECK et à Yann WEHRLING, je reviens à leurs propositions pour combattre la crise [ici] et à ces établissements citoyens de financement de l'économie. L'idée avancée par JFK et ses colistiers consiste à dire qu'une partie de l'industrie, la plus stratégique, la plus sensible, la plus pointue, la plus prometteuse de richesse doit être financée de manière collective, par les citoyens eux-mêmes, et je rajouterai: de façon directe. Les intérêts sont évidents, le contrôle du financement par les citoyens permet: d'éviter les délocalisations, d'investir en France et non pas dans les paradis fiscaux comme le font les banques privées, de développer le durable en éradiquant la spéculation, de développer les régions et les collectivités locales, de fournir des emplois stables et respectueux des citoyens. Bien entendu, la presse faisant partie du socle de la démocratie, la liberté d'information étant un droit fondamental du citoyen, celle-ci doit être protégée par ce type de financement.
La presse qui serait contrôlée au moins à 34% par ces banques citoyennes n'aurait plus aucun lien, ni avec l'état, ni avec les grands groupes industriels. Alors libérée enfin du joug des puissants, elle travaillerait réellement pour les citoyens, c'est à dire pour nous...
01:18 Publié dans mets de l'huile, c'est grippé | Lien permanent | Commentaires (11) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : liberté, presse, médiats, financement, solutions





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Commentaires
Ecrit par : Martine | 01.06.2009
Répondre à ce commentaireNous sommes en train de basculer progressivement vers un monde de citoyens. JFK l'a très bien compris, et me l'a bien fait comprendre. Un monde citoyen veut aussi dire un monde responsable, où la liberté est partagée, où le travail est respectueux. C'est un monde où le citoyen contrôle lui même, directement, les outils du fonctionnement de la république. Cela passe bien évidement pas des systèmes de financement politiquement contrôlés par les citoyens.
Ecrit par : Philippe | 01.06.2009
Répondre à ce commentairePierre a eu raison de vous réveiller.
Ecrit par : Martine | 01.06.2009
Répondre à ce commentaireLe vrai challenge reste malgré tout : "Comment -finalement- chaque citoyen pourra-t-il parvenir à être copropriétaire de ses journaux, de ses télévisions, de ses radios ?!"
Car le Trésor Public appartient bien à l'Etat non ? L'Etat c'est chacun d'entre nous ! Qui contrôle le Trésor Public ?
Là est juste la seule question... "Le Trésor Public est-il entièrement libre ?" (= Est-il lui aussi -comme la justice- sous l'emprise du Pouvoir en place ?)
S'il ne l'est pas, alors nous sommes encore libres en France. Alors nous avons encore des moyens d'action... ;-)
Ecrit par : Françoise Boulanger | 02.06.2009
Répondre à ce commentaire"Subtile révolution" que voilà, n'est-ce pas Philippe ?! ;-)
Ecrit par : Françoise Boulanger | 02.06.2009
Répondre à ce commentaireLa révolution citoyenne, une révolution qui n'en est pas une tout en l'étant sacrément...
Voilà un beau sujet pour un billet!
Ecrit par : Philippe, | 02.06.2009
Répondre à ce commentaireEcrit par : Martine | 03.06.2009
Répondre à ce commentaireDes soucis??
Ecrit par : Philippe, | 03.06.2009
Répondre à ce commentaireEcrit par : Philippe, | 05.06.2009
Répondre à ce commentaireJ'ai beucoup aimé vos boites aux etres, si révélatrices de notre "citoyenneté".
Amitiés
Ecrit par : Martine | 05.06.2009
Répondre à ce commentairehttp://exigencedemocratique.blogspot.com/2009/05/levenement-du-jeudi-ou-ma-1ere.html
Le problème, c'est le risque inhérent à ce genre d'engagement qu'on dit 'citoyen'. Vouloir des 'banques citoyennes' pour financer les secteurs prometteurs, c'est une belle idée. Mais par définition, il existe un risque industriel pour ces secteurs 'prometteurs'. La question est donc : qui encaisse ce risque ? Un banquier n'agit que quand le périmètre des risques est parfaitement délimité. Au delà, il vaut mieux parler de 'capital risque'. D'ailleurs, dans le domaine de la presse, les mutations industrielles sont telles (Internet) qu'on peut réellement parler du 'risque' qui pèse sur son (hypothétique) restructuration...
Concernant Presseurope.eu, j'ai précisé mon point de vue en commentaire ici :
http://exigencedemocratique.blogspot.com/2009/05/presseuropeu-naissance-dun-kiosque.html?showComment=1244378742302#c2155793767818255122
Bon dimanche et bon vote à tous !
Ecrit par : Pierre | 07.06.2009
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