17.02.2009
Salut vieux bandit!
Tu vois, vieux bandit, aujourd'hui je me souviens de toi. Ça t'épate hein! Hé oui, vieux chameau, j'ai fait du chemin, fini l'adolescent attardé aux longs cheveux. Je crois bien que je n'ai plus dit « bof » depuis des décennies, quelque fois ça me manque.
Tu as vu vieux bandit, on est dans la gadoue. Ouais, ça te fait marrer hein ! On s'est foutu dans une belle merde, tous prisonniers comme des cons dans une époque où le temps s'est évaporé et très rare sont ceux qui arrivent encore à rigoler. Je ne me souviens pas t'avoir un jour entendu te plaindre et je revois encore ton sourire qui accompagnait chacune de tes paroles d'enfant éclairé.
Ouais vieux bandit, quelquefois tu me manques. Pourtant, tu m'en as causé des emmerdes. Par exemple, à ton avis combien d'aventures amoureuses j'ai manqué à cause de toi? Combien de plans de drague tu m'as sabotés? Chameau! Tu n'as jamais voulu le comprendre, les nanas aussi compréhensibles soient-elles, ne sortent pas avec les potes du clochard. Alors quand je matais sur les pistes des bals itinérants pour pecnots du coin, une Pelforth à la main, cheveux mi-long, beau gosse, et que semble t-il des petits sourires se dessinaient ici et là. Toi, tu te ramenais vers moi, la gueule enfarinée, saoul comme d'habitude, avec ta barbe de 30 cm, les cheveux ébouriffés, ton pantalon délavé trop grand, qui sans ceinture tombait à moitié, ta toux roque de grand fumeur, tu m'offrais une autre Perlfort, tu me tapais vigoureusement sur l'épaule en gueulant plus fort que la sono « Alors mon pote ». Je peux te dire, ça craignait vraiment. Je suis sûr que tu savais que ça grillait ma soirée. Moi je n'osais pas te faire de la peine, vieux chameau, alors je faisais semblant de rien, même si j'avais les boules pendant que toi tu te marrais, vieux bandit! Tu vois le tableau, je me retrouvais une Pelfrorth dans chaque main, en train de trinquer avec toi, à éclater de rire en sortant des blagues pourries. Tu ruinais mes plans pour la soirée à chaque fois, vieux chameau, et pire que ça j'étais identifié par la gente féminine comme le pote du clochard, probablement aussi vaurien et ivrogne que lui.
Oh et puis t'avais raison, comme tu disais, si elles n'étaient pas heureuses, si ça ne leur plaisait pas, elles n'avaient qu'à aller se...., nous nous entendions bien, c'était là l'essentiel. Tu te souviens, vieux bandit, après on allait danser. C'est incroyable comme il y avait de la place autour de nous!
Ce fut une période de quelques années, après j'ai quitté la région, je suis parti à la fac. Et toi tu es resté dans le pays, je ne t'ai plus jamais revu. Et puis tu es mort, seul. Aujourd'hui, cela fait dix ans. Vieux bandit! Au paradis, maintenant tu bois de l'eau pure, et je ne pense pas que St Pierre te roule des gitanes. Alors salut chez toi Joël.
Je ne sais pas si tu as eu une tombe. Mais si un jour je la trouve, je te le promets j'y arracherai les chardons.
23:35 Publié dans Souvenirs d'enfance | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : souvenir, amitié





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Commentaires
Alors je vous adresse le mien ce soir :), et pour demain :) et encore
Ecrit par : F | 20.02.2009
Répondre à ce commentaireLe vieux bandit (qu'il n'était pas du tout) méritait bien un hommage. Pour lui et pour tous les autres, qui ont vu arriver la mort, seuls, dans la souffrance, sans soin, dans l'indifférence et l'oubli de tous.
Ecrit par : Philippe, | 21.02.2009
Répondre à ce commentaireEt pourtant ça semble tant nous coûter...
Et si le sourire nous avions à l'attendre nous un jour prochain ?!
Ecrit par : Françoise Boulanger | 04.05.2009
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