30.11.2008

Parti Politique et Démocratie Intern..n..net.

 Même cause mêmes effets. L'élection de Barack Obama nous mettait, nous Français bien pensant, soucieux des convenances, donneurs de leçons devant l'éternel, en face de la réalité culturelle qui est la notre, et cela depuis la révocation de l'édit de Nantes, celle de l'exclusion systématique des minorités à tous les niveaux du pouvoir publique et économique. Et voilà! Alors que l'élection du premier secrétaire du P.S., nous donnait l'occasion nous gausser du malheur des autres, de pouffer et de se frotter les mains tels des fossoyeurs cyniques devant une épidémie de choléra, l'exigence de Pierre, ici, remet les choses en place en saluant malgré tout une démocratie interne exemplaire, et nous demande ainsi de balayer d'abord devant notre porte. La Mécanique de l'Orange, encore avec un temps de retard, s'engouffre une nouvelle fois dans la brèche ouverte par Pierre et tente d'y apporter un éclairage supplémentaire.

L'élection interne du P.S. fut révélatrice de la contradiction fondamentale, que l'on oublie toujours, mais qui pourtant travaille tous les partis politiques. Cette contradiction apparaît à la base, dans le terme même de « parti politique » , deux mots collés ensemble mais dont les sens profonds s'opposent radicalement. D'un côté, la politique, un art noble et vital, à la base de toute civilisation, qui maintient la société unie et tente de l'améliorer. De l'autre, « le parti-pris » , synonyme de la mauvaise foi, de l'arrogance, de l'obstination malavisée et par conséquent générateur d'exclusion, de séparatisme et d'épuration. De façon naturelle, la vie interne des partis tend à épouser cette contradiction originelle et engendre une culture dite « des appareils » avec tous les passes droits, copinages, mises à l'écart et autres protections illicites et antidémocratiques que cela sous entend. Et donc, dans les faits, la démocratie interne reste encore une notion assez peu pratiquée au sein des partis politiques. Sauf au Modem, bien entendu!

___La démocratie online:___

La saga du P.S. mit en évidence un fait indéniable: les temps politiques changent. D'un côté, l'appareil du parti et la course au pouvoir dans toute son opacité, avec les tractations de couloir négociées sur le dos des militants. De l'autre, le vote des militants, indépendant, qui dénoue à chaque fois les manipulations et s'oppose sans arrêt aux postures et aux fausses alliances des cadres du parti. Les temps politiques changent, et à la lumière de ces élections, l'appareil du parti socialiste est soudain apparu d'un autre age, complètement obsolète.

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 La cause de tout cela? Internet bien sûr! Internet balaie en profondeur tous les repères de la société. L'information et la culture se diffusent continuellement sur la toile, déchargées par des milliers de sites et de blogs, qui tels des myriades de fourmis explorent le monde, tracent les routes de la pensée et débroussaillent les nouveaux champs d'intérêts. Le tout représente le déversement de millions d'articles, de vidéos et de photos par jour. Mais aussi paradoxal qui cela puisse paraître, l'information ne se disperse pas, elle est stockée, reprise, digérée transformée, et participe à un phénomène extraordinaire, l'incarnation progressive et électronique de notre conscience collective. Chaque internaute représente une petite synapse de ce magnifique cerveau électronique. Source d'intelligence et de conscience, internet a des envies, des peurs, des rêves et des cauchemars. Nous sommes internet, et plus personne ne pourra plus nous arrêter.

La toile donne à des affranchis la possibilité de s'adresser directement à n'importe qui et d'être écouté. Le pouvoir change de main et de nature, il revient à la masse et s'écoule inexorablement tel du sable des mains des grands de ce monde. La preuve en est la tentative actuelle de contrôle politique du Net, dénoncée notamment par Nelly ici et par Pierre . La cité change, les citoyens reprennent le gout de s'exprimer et s'organisent en forums, en plateformes de discussions ou en réseaux de blogs. Cet échange continuel, hors contrôle transfigure aussi les partis politiques en générant, de fait, quelque soit leurs statuts et leur hiérarchie, une nouvelle démocratie interne.

___Une redéfinition de la crédibilité politique___

Déjà tout candidat local, qui se respecte, possède sont petit Blog. Et on sent poindre la compétition farouche. C'est à celui qui sera le plus réactif, le plus expert sur tel ou tel point. Les campagnes futures seront probablement bien plus génératrices d'-e-lectrons que de papier glacé. Internet va raser large.

Les blogs permettront de connaitre les candidats de façon intime, et leurs pensées mises à nues au quotidien généreront une toute nouvelle approche de la notion très subjective de « crédibilité, politique». Alors qu'aujourd'hui, elle est basée sur le statut social, sur la réussite professionnelle et bien entendu sur l'implantation et les soutiens locaux. Demain, la crédibilité politique se générera d'avantage à travers l'expression du blog. Montrez moi vos blogs et je vous dirai pour qui je vote!

Crucial, le blog deviendra le moyen essentiel avec lequel le candidat tentera de forger son image. Comment est il tenu, organisé, travaillé? Est-il intéressant ou ennuyeux à mourir. Le lit-on en diagonale, ou passionnément? Comment s'exprime-t-il? S'il est trop lisse, on lui reprochera de faire de la démagogie en ne voulant déplaire à personne plutôt que de plaire à certains. S'il est trop excessif, on lui reprochera de ne pas savoir négocier en recherchant avant tout des solutions. S'il est sans imagination, on lui reprochera de n'être qu'un gestionnaire sans intérêt. S'il est trop brillant, on arrivera qu'en même à le lui reprocher! Voilà les futurs cauchemars de nos candidats: blogs conservateurs et lisses, portant bretelles et ceintures pour ménager en même temps la chèvre et le choux, ou innovant, piquants, et imaginatifs. Les deux à mon sens présentent le même risque d'échec ou de réussite, car la crédibilité politique des candidats se lira aussi entre les lignes, dans les non dits, dans des choix stratégiques et dans des détails fins. Le tout nous promet de belles campagnes à venir.

La « DémocraNet » (le vilain mot que voilà) va faire exploser la conception traditionnelle des partis. Car internet rase large et ne peut se contrôler, ainsi les partis, dans leurs structures actuelles, vont en souffrir et seront obligés d'intégrer cette révolution culturelle au cœur de leur fonctionnement, pour essayer, tant bien que mal, de canaliser et d'orienter les flux. Car à quoi a-t-on assisté lors de ces élections au P.S., si ce n'est au combat d'arrière garde de l'appareil du parti, contre une mouvance populaire et militante, d'affranchis.

Internet renverse et écrase la pyramide des hiérarchies, lie le pouvoir directement aux citoyens qui un jour, surement, voteront eux même les lois sur leurs claviers.

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